Une semaine à tisser en Cilento, en Italie

· Carnet d'essai,Actualités,Coopérations

Ces journaux retracent les grandes étapes des projets menés par la Coop. On y partage nos réussites, nos ratés, nos questionnements, et aujourd'hui, un retour sur expérience. Ce journal revient sur 2 sessions organisées la semaine dernière par le Bioregional Weaving Labs Collective, dont les thématiques portaient sur le tissage de biorégions régénératives. On reviendra bientôt vous présenter certaines des personnes inspirantes rencontrées là-bas (elles auront leur propre journal dédié dans les semaines à venir). Bonne lecture ! 😊

Ici Jeanne. Dans le train du retour, avec Igor. De retour de Cilento, sur la côte sud de l'Italie, où nous avons passé une semaine entière à enchaîner deux rassemblements organisés par le collectif Bioregional Weaving Labs (BWL) : tout d'abord, le premier Kick-off du Cohort Programme, puis le Strategic Partner Gathering. Les deux événements étaient accueillis par BWL Cilento — le Future Food Institute, mené par l'incroyable et inspirante Sara Roversi —, le maire Stefano Pisani et la communauté de Pollica, qui nous ont ouvert leur territoire avec une vraie générosité ; le tout organisé par la support team de BWL.

Ceci est ma tentative de mettre du sens sur cette semaine, pour celles et ceux qui n'y étaient pas, et pour moi-même.

D'abord, peut-être : c'est quoi, BWL ?

Si vous ne les connaissez pas encore, voici un petit résumé : Bioregional Weaving Labs est un collectif européen qui travaille à construire l'infrastructure de la régénération biorégionale — en accompagnant des équipes ancrées dans leur territoire pour tisser ensemble les fils écologiques, sociaux et économiques de leur biorégion, plutôt que de laisser de bonnes initiatives éparpillées et déconnectées les unes des autres.

Le collectif a été fondé par Karin Müller, Noa Lodeizen et Ross Hall qui, avec l'ensemble de la support team de BWL, ont travaillé avec un tel dévouement à construire la communauté qui s'est réunie à Cilento ce mois-ci.

Le Cohort Programme : 24 biorégions, 60 praticien.nes, une intention

La rencontre du Cohort était une première en son genre : le coup d'envoi de l'Annual Cohort Programme 2026-2027.

Son intention : accueillir officiellement la première cohorte d'équipes tisseuses dans un programme d'un an, qui les mènera de cette semaine à Cilento jusqu'à cinq sessions en ligne, jusqu'en juin 2027.

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Les chiffres, à eux seuls, disent déjà quelque chose : 24 biorégions, plus de 60 praticien·nes, venu·es de 15 pays, des confins arctiques de la Sápmi suédoise jusqu'au delta de l'Èbre en Espagne, de la vallée de la Vistule en Pologne jusqu'à la côte de Laconie en Grèce.

Au-delà des chiffres, ce qui m'est resté, c'est d'un côté : reconnaître des visages croisés pour la première fois en Roumanie, lors du Learning Summit d'avril dernier — des personnes qui ont continué, depuis, un travail patient et extraordinaire dans leur propre biorégion, et que j'ai pu retrouver et avec lesquelles j'ai pu le temps d'échanger ; et de l'autre : découvrir de nouvelles personnes qui cheminent sur la même voie et qui étaient curieuses de rejoindre la discussion, en apportant leur expérience dans le jeu.

Ce qu'une semaine comme celle-ci apporte vraiment aux participant.es, je crois, c'est de la matière :

  • Un vocabulaire commun et des outils pour repartir questionner sa propre pratique,
  • Des apports venus de pairs confrontés aux mêmes murs,
  • Et — moins tangible, mais tout aussi réel — le sentiment de ne pas être seul·e dans tout ça, ce qui peut être déterminant pour tenir sur la durée.

Entendre Marina et Carla décrire leur pratique du river-walk dans les bassins versants du Ter et du Fluvià en Catalogne, ou Camilla parler de son projet multi-acteurs autour du développement de la ville où elle travaille en Norvège, c'était exactement le genre d'apport dont j'ai besoin : concret, transférable, généreusement partagé.

Et chaque moment était un espace d'apprentissage autant que de partage : j'ai moi-même animé l'un des ateliers, sur le Portfolio Weaving, avec Natasha Hulst — un espace de partage autant que d'apprentissage, de récolte aussi, puisque toutes les personnes réunies pour cet atelier étaient des tisserand.es depuis 1, 5, 10 ou 20 ans !

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Enfin, ce kick-off du Cohort Programme a fait autre chose, moins évident : il a créé un espace en dehors du terrain. Quand on est pleinement dans son propre sujet, au quotidien, il est difficile de voir l'ensemble du tableau, d'avoir la capacité et le temps de remettre en question ses propres modes de fonctionnement. Sortir de son cadre, ne serait-ce que quatre jours, et ne pas se précipiter dans le micro niveau de son propre projet, est finalement très bénéfique. Cela permet de revenir avec un regard neuf et de nouvelles perspectives.

Le Strategic Partner Gathering : penser l'écosystème

Juste après le Cohort program, un groupe plus restreint et différent s'est réuni : le collectif BWL (support team + équipes tisseuses) et... des partenaires stratégiques de tout l'écosystème BWL.

Nous nous sommes tous et toutes réuni·es avec une même intention — regarder honnêtement ce que nous pourrions faire ensemble, en essayant d'identifier des points d'action concrets.

Pour servir cette intention, voici ce que nous avons fait :

  • Sur le thème du « tissage de biorégions régénératives », nous avons discuté de notre vision commune, clarifié l'écosystème dans son ensemble, et mené une analyse SWOT — intéressante en soi puisque faite AVEC les financeurs / partenaires et non POUR eux.
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  • Nous avons tenu des discussions thématiques sur des sujets comme les modèles de financement biorégional ou le déclin démographique, avec une vraie diversité de perspectives dans la salle (de William Butler — spécialiste de l'assurance pour les projets de régénération de la nature, CEO et fondateur de GaiaSicura Ltd, le tout premier courtage en assurance au monde dédié exclusivement à la régénération de la nature — à Karina Kleissl, cofondatrice de KLARO Impact, qui aide par exemple des structures à trouver le financement adapté à leur activité).
  • Nous avons même fait une constellation — un outil inhabituel pour ce genre de public — qui a mené à des discussions vraiment riches, en observant comment les différents concepts se positionnaient dans l'espace. Cela a aussi soulevé des questions intéressantes : comment arrive-t-on à considérer les partenaires comme un soutien, plutôt que comme des cibles, de nos intentions ? Comment se fait-il que les biorégions, la nature et notre finalité collective n'aient finalement pas été plus centrales dans l'espace ? Pourquoi l'espace a-t-il semblé si fermé, et comment s'assurer que ce que nous construisons reste poreux à de nouvelles forces désireuses de nous soutenir ? Ce sont des fils qui méritent qu'on continue à tirer dessus.
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Ce que avec quoi je reste?

  • De la gratitude, et un vrai sentiment d'émerveillement, d'avoir fait partie d'un événement comme celui-ci — qui a déplacé la position des financeurs, en les laissant entrer dans les coulisses de notre travail, et en soutenant le genre de partenariat qui se construit comme une relation, et non comme une transaction.
  • De la gratitude, aussi, envers toutes ces personnes qui ont choisi de donner ce qui est, au fond, leur ressource la plus précieuse — leur temps — pour se réunir et réfléchir ensemble à la façon de soutenir les dynamiques biorégionales.

Et plus largement, les questions avec lesquelles je reste

Globalement, cette semaine me laisse avec un nombre certain de questions ouvertes, auxquelles je n'ai pas de réponse toute faite — en voici une sélection :

  • Le partenariat, au fond, n'est-il pas simplement une affaire de relations, construites une à une ?
  • La mesure d'impact n'est-elle finalement qu'un garde-fou — une façon, pour les financeurs, de s'assurer qu'ils soutiennent bien de la passion, et pas seulement une intention ? Et un état d'esprit plus entrepreneurial, généralisé, la rendrait-il moins nécessaire ?
  • Que faudrait-il pour qu'un secteur comme l'assurance soutienne réellement cette transition ? À quoi cela ressemblerait-il dans sa façon même de fonctionner en interne ?
  • Et si les partenaires cherchaient aussi à apprendre des erreurs commises, autant que des activités et des résultats ?

Pour conclure : le lieu, et celles et ceux qui l'ont porté — merci

Rien de tout cela ne se fait tout seul. L'équipe de BWL Cilento et l'ensemble de la support team du BWL ont fourni une quantité incroyable de travail invisible pour porter ces deux semaines, et cela se voyait dans chaque détail : la logistique, l'atmosphère chaleureuse, la nourriture délicieuse, les rencontres et visites auprès des différents acteurs locaux qui contribuent fortement aux dynamiques de la biorégion de Cilento, la conception des programmes, la préparation des supports, etc. Un tel volume de travail, pour ce qui aura été, au bout du compte, deux programmes réellement porteurs de sens, pour lesquels tous.tes les participant·es ont partagé la gratitude d'avoir pris part.

Et je tiens aussi à remercier le lieu lui-même qui nous a accueilli·es : Cilento, Pollica — un joyau sur la côte italienne, à deux heures au sud de Naples. Nous avons été pleinement immergé·es dans un paysage extraordinaire, aux côtés de personnes inspirantes, ancrées dans cette terre.

Merci à BWL Cilento, au Future Food Institute, à Sara Roversi, et à la communauté de Pollica pour leur accueil ; à Noa, Karin, Ross et toute la support team de BWL pour les mois de préparation en amont ; et à chaque tisseur, tisseuse, partenaire qui a fait le déplacement.

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Ecrit par Jeanne Allard

English version here.

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