CLAF : un an de recrutement au rythme des saisons

De la réflexion à l'action

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Début mars 2026 : nous nous apprêtons à ouvrir les portes de la CLAF à une deuxième vague de nouveaux membres ! C'est l’occasion de faire le point sur notre stratégie de recrutement à laquelle nous réfléchissons depuis l’été dernier. Nous vous emmenons dans les coulisses de la CLAF au fil des saisons, pour vous raconter comment nous avons imaginé et lancé notre campagne de recrutement des membres.

Pour commencer, quelques éléments de contexte : fin printemps 2025, le groupe de réflexion planchait activement depuis une dizaine de mois lors d’ateliers toutes les 2 à 3 semaines. Les fondations étaient là : on avait les grilles pour l'autodétermination de la cotisation, les critères de conventionnement pour les producteurs et les commerces, et une vision claire de ce que nous voulions construire. À la fin du printemps 2025, nous étions fiers du chemin parcouru, mais un défi de taille nous attendait : sortir de notre groupe de travail pour parler au monde entier (au moins aux habitant·es de Flers Agglo) de notre projet.

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Ihona, Pascale, Joël et Albane à un stand à la Biocoop avec la “flamme” CLAF

☀ C’est l’été, la CLAF passe à table

Jusqu'à la fin du printemps 2025, notre projet n’avait pas encore de "petit nom" officiel. Entre nous, on disait simplement « la caisse ». Pour l’incarner vraiment et lui donner une existence propre, il fallait lui trouver un nom dont on serait fiers. Les membres du groupe de réflexion ont fait chauffer leurs neurones et les propositions ont fusé : de la « Cocotte Solidaire de Flers » à la très sérieuse « SSAFA » (Sécurité Sociale Alimentaire de Flers Agglo).

Finalement, c’est lors d’un atelier que le vote a tranché : ce sera la CLAF (Caisse Locale de l'Alimentation de Flers Agglo). Pourquoi ce choix ? Au-delà de l'acronyme efficace, c'est la perspective de nommer notre monnaie les CLAF’Outils qui a provoqué l’adhésion. Ce jeu de mots a soudé le groupe autour d'un slogan : « On change le monde, un CLAF-Outil à la fois ! ». Tant pis si le clafoutis n'est pas la spécialité normande par excellence, l'enthousiasme était là et le nom était adopté.

Une fois le nom trouvé, il fallait passer à l’image. On ne s’improvise pas graphiste, mais on a quand même tenté l’expérience le temps d’un atelier créatif. Avec l’appui de Marion, notre chargée de com’ à La Coop, nous avons griffonné nos idées (certaines étaient plutôt très bien réussies) et listé toutes nos envies : la couleur verte pour l'environnement, des produits qui représentent le territoire, une part de gâteau pour faire référence au nom, et surtout, des valeurs de solidarité, de bien manger et de respect de l'environnement qui devaient transparaître. À partir de ce fourmillement d'idées, la Coop a concocté un brief complet pour le graphiste de la collectivité. Au retour des vacances d'été, il nous a présenté quatre propositions. L’une d’elles a fait l’unanimité, moyennant quelques retouches mineures. On avait enfin notre logo (et notre charte graphique), qu’on expose aujourd’hui fièrement sur tous nos supports.

Mais avoir un nom avec une monnaie gourmande et un logo ne suffit pas à mobiliser les foules. Pour garantir la stabilité du modèle économique, nous avons acté un fonctionnement par "vagues" de trois mois - tous les trimestres, de nouveaux membres peuvent entrer, et les anciens peuvent choisir de rester ou de partir. L'objectif était ambitieux : accueillir 30 nouveaux membres par phase pour atteindre les 120 fin 2026.

L’été a donc été studieux. On a organisé un atelier dédié à la stratégie de communication et de recrutement. On s’est entraînés via des mises en scène pour apprendre à “pitcher” la CLAF sur un marché en quelques minutes. On a aussi anticipé les questions « piège » du type : « Pourquoi des gens cotiseraient plus que 100€ ? C’est défiscalisable ? ». On a réfléchi ensemble à la posture à adopter : comment rester constructif face à un débat qui s'éternise ou comment se sortir d'un échange difficile ?

Nous avons en parallèle décidé notre stratégie de recrutement. Puisque la CLAF est un projet innovant et complexe, nous avons pris une décision forte : chaque candidat·e doit impérativement assister à une réunion d'information animée par la Coop et les membres du groupe de réflexion. C’est la condition pour s'assurer que chacun s'engage en toute connaissance de cause. Et pour attirer du monde à ces réunions, le plan était simple : aller au contact direct des habitant·es sur les marchés, dans les commerces et fermes conventionnés pour leur présenter la CLAF et susciter la curiosité.

À la rentrée, la machine était lancée : une page entière dans le Fil Magazine (le magazine de Flers Agglo) avec une grande photo du groupe de réflexion au complet, suivie d'articles dans la presse locale (nos membres sont devenus de véritables stars !). On a commencé à distribuer nos flyers et nos affiches partout : commerces conventionnés, maisons d'activité, ressourcerie, FJT, CCAS, maison médicale... On était enfin prêts à aller à la rencontre des habitant·es.

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Une partie du groupe de réflexion lors de l’atelier sur la stratégie de communication

🍂 C’est l’automne, les CLAF’Outils sortent du four

Le rythme s’est sérieusement accéléré pour nous à la rentrée. C’est le moment où Marie, notre nouvelle animatrice, et Ihona, notre stagiaire, ont rejoint l'aventure. On les avait prévenues : l’intégration allait être intense. Elles n’ont pas été déçues ! Il a fallu s’approprier le projet sur le bout des doigts en un temps record pour pouvoir le porter auprès des habitant·es.

Pendant que les membres du groupe de réflexion essuyaient les premiers plâtres en testant le dispositif et surtout l’outil de paiement (les tout premiers CLAF-Outils dépensés chez nos producteurs locaux !), nous lancions la grande offensive du recrutement.

On a vite découvert que la théorie des ateliers d'été était une chose, mais que le marché de Flers un samedi matin d'octobre à 8h en était une autre. Monter un stand à l'extérieur et le tenir pendant trois heures quand le thermomètre n’est pas très élevé, c’est une expérience qui forge le caractère (on est admiratives des producteur·rices et vendeur·euses dont c’est le quotidien !). On s’est retrouvés face à des passants pas toujours disponibles ou intéressés. Il fallait savoir présenter la CLAF en quelques secondes, capter un regard, et ne pas se démonter quand l'accueil était aussi frisquet que la météo.

Pour ratisser large, on a multiplié les points de contact : à la ferme de la Suée (marché de producteurs et AMAP), à la Halte Paysanne (le magasin de producteurs), à la maison d'activité Emile Halbout à Flers... Sylvie Maloizel, directrice du CCAS (avec qui nous co-portons le projet), présentait de son côté le projet aux représentants des structures sociales pour y trouver des relais. Puis sont arrivées les réunions publiques à Flers et dans d'autres communes de l’agglo. Animées par Albane, Marie et Ihona, avec le soutien précieux de membres du groupe de réflexion qui partageaient leur vécu, ces soirées étaient cruciales. Quizz participatif pour comprendre les enjeux agricoles et sociaux, découverte de la Sécurité Sociale de l'Alimentation, mode d'emploi de la CLAF... on a tout fait pour donner envie de rejoindre l'aventure. À l'issue de chaque réunion, chacun repart avec son guide d'autodétermination de sa cotisation et le lien vers le formulaire d'inscription.

Plusieurs personnes mentionnent lors des stands et des réunions d'information leur intérêt pour le projet, mais leur envie d'attendre de voir ce que ça donne avant de candidater. On prend leurs contacts pour les relancer lors des prochaines vagues.

À l'issue de cette première vague, le verdict est tombé : 33 inscrits ! 13 membres du groupe de réflexion et 20 nouvelles recrues. Après quelques désistements, nous sommes restés à 30 membres cotisants. Pile notre objectif ! On a même évité le tirage au sort qu'on avait pourtant prévu "au cas où". On était fiers, bien sûr, mais aussi lucides : recruter ces 17 nouvelles personnes nous avait demandé une certaine énergie. On a aussi noté que très peu de candidats venaient via les structures sociales, alors qu'on espérait qu'elles soient des relais. Mais qu'importe, en décembre, les premiers paiements officiels commençaient. On avait réussi notre pari, mais on sentait déjà que la suite ne nous laisserait pas beaucoup de répit.

❄ C’est l’hiver, on remet le couvert !

Après l’effervescence du lancement, pas question de se reposer sur nos lauriers. L’hiver est arrivé avec un nouveau défi : transformer l’essai et prouver que la CLAF n'était pas qu'une aventure d'un soir (ou d'un automne). Pour cette phase, nous avons musclé nos outils : Marion, notre chargée de com’, nous a concocté une vidéo de 3 minutes aux petits oignons pour expliquer le projet, diffusée sur les réseaux de l’Agglo et par les membres eux-mêmes. La collectivité a même fait imprimer une « flamme » (une oriflamme) aux couleurs de la CLAF pour nous rendre plus visibles lors de nos sorties.

Côté organisation, nous avons gardé notre recette (3 stands et 3 réunions publiques), mais avec un ingrédient nouveau : l’autonomisation. Pour la première fois, le groupe de réflexion a animé un stand et une réunion publique en totale autonomie. Marie, Ihona et Albane étaient en coulisses pour préparer le terrain, mais ce sont les membres qui sont allés au contact. L’autonomisation est un enjeu crucial pour l’avenir du projet : dès avril 2026, la Coop réduira drastiquement son temps d’accompagnement, et la pérennité de la CLAF reposera alors sur la capacité du groupe à porter le projet par lui-même. On ne va pas se mentir : pour certains, l’exercice a été source d’un beau stress. Présenter la CLAF et répondre aux questions techniques sans le « filet » de la Coop, c’est un sacré saut dans le grand bain ! Un grand merci aux membres du groupe de réflexion qui se sont prêtés à l’exercice.

Le terrain, d’ailleurs, nous a parfois réservé des moments de solitude. On se souviendra du stand chez Nature Andaines à La Ferté-Macé, tenu par Ihona, Albane et Joël. Malgré la galette des rois offerte pour briser la glace, les clients rivalisaient d’ingéniosité pour éviter notre regard et filer vers la porte de sortie. La "malédiction" de la Ferté-Macé s'est poursuivie lors de la réunion publique animée par le même trio : à trois minutes du début, la salle était désespérément vide. Finalement, trois personnes sont arrivées, dont le fils de Joël ! On en rigole aujourd'hui, mais cela nous questionne sérieusement sur l'intérêt d'allouer autant de temps de recrutement sur un secteur géographique éloigné de Flers qui semble, pour l'instant, peu réceptif.

Face à ces difficultés et à une période de réserve électorale qui a limité nos relais en mairie, nous avons dû improviser. On a assoupli les règles en autorisant le parrainage et Marie et Ihona ont passé des heures par mail et au téléphone pour briefer individuellement une vingtaine de personnes. Un travail chronophage, que la Coop ne pourra pas éternellement multiplier.

Le verdict ? Très positif pour les réinscriptions : 28 membres sur les 30 de la première vague rempilent pour la 2e vague. C’est la preuve que les pionniers croient au projet et que l'expérimentation porte ses fruits pour ceux qui l'ont vécue. En revanche, le bilan est plus nuancé concernant le recrutement. Avec 23 nouvelles candidatures, nous arrivons à un total de 51 membres. C’est une belle progression, mais nous restons en deçà de notre objectif de 60 personnes. Surtout, ce résultat nous questionne : l’énergie et le temps consacrés par l'équipe pour convaincre chaque nouveau membre sont conséquents.

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IIhona et Joël à la réunion d’information à la Ferté Macé avec seulement 3 participants

🌸 C’est le printemps, on affine la recette

À l’heure où les bourgeons éclatent, la CLAF arrive à une période charnière. Ce printemps n'est pas seulement celui de la troisième vague de recrutement, c'est celui d'un changement de rythme important : à partir de mi-avril 2026, le temps d'accompagnement de la Coop des Territoires diminue pour passer à une journée par semaine.

Ce nouveau cadre nous oblige à évaluer froidement notre méthode. Le constat est partagé : notre stratégie actuelle demande énormément d’énergie pour des résultats qui restent fragiles. Entre les heures passées au téléphone pour briefer chaque nouveau candidat et les stands qui mobilisent beaucoup de monde pour peu de contacts, le modèle doit évoluer. Nous ne pouvons plus porter seuls l'effort de conviction ; le projet doit désormais s'appuyer sur d'autres leviers pour grandir.

Pour recruter plus efficacement, nous explorons plusieurs pistes de réflexion :

  • Simplifier l'accueil : L'idée est de rendre l'entrée plus fluide. Des supports d'information clairs (vidéo, guide du membre, formulaires) seront envoyés aux curieux pour qu’ils puissent comprendre l'essentiel en autonomie. Des membres volontaires, comme Christelle ou Joël, ont déjà proposé de prendre le relais pour répondre aux questions par téléphone, sur la base d'un modèle de brief commun.
  • S'appuyer sur des relais locaux : Plutôt que de multiplier les stands isolés, nous souhaitons former des ambassadeur·rices au sein de structures déjà implantées : la Régie des quartiers, l'AIFR, les associations de parents d'élèves ou les centres sociaux. L'objectif est qu'ils deviennent des points d'information de proximité pour leurs propres adhérent·es.
  • Cibler les lieux de vie : Nous envisageons d'organiser des temps de rencontre là où les habitant·es se trouvent déjà, comme au Foyer Jeunes Travailleurs ou sur le temps du midi à la cantine de Normandinov.
  • Mobiliser les communes : Une fois la période de réserve électorale passée, nous comptons solliciter davantage les élu·es et les secrétaires de mairie pour que la CLAF soit relayée dans les gazettes communales et sur les panneaux d'affichage des villages de l'Agglo.

Le voyage de la CLAF continue, mais il entre dans une phase de maturité. Nous passons d'un projet très encadré à une dynamique qui doit être portée par le collectif citoyen. C’est un défi pour le groupe de réflexion, mais c’est aussi la condition pour que la CLAF devienne un service durable, ancré dans le quotidien des habitant·es de Flers Agglo.