Travailler pour et avec les territoires quand on est (aussi) élu-e local-e

· Actualités,Carnet d'horizon

Ces carnets retracent notre quotidien et les étapes clés de nos projets. Nous y partageons nos réussites, nos loupés et nos questions en suspens. Une documentation en continu, imparfaite et évolutive. À la Coop, nous croyons que la confiance doit reposer avant tout sur la transparence des postures. Aussi, comme certains membres de notre équipe ont désormais une double casquette en devenant élu-es lors des dernières élections municipales, nous écrivons ce carnet pour partager nos réflexions et la ligne que nous souhaitons nous fixer. Bonne lecture !

Marion au clavier.

Depuis mars 2026, au sein de notre coopérative, deux collaborateur-ices exercent un mandat d’élu-e local-e dans deux communes distinctes : l’un-e au sein d’une majorité municipale, l’autre dans les rangs d’une minorité.

Loin d'être un sujet tabou ou un mélange des genres, cette situation permet de nous interroger sur nos pratiques dans nos métiers. Comment exercer des fonctions d’accompagnateur-ices avec la juste distance tout en découvrant de l'intérieur la complexité du mandat ? Comment cette expérience du terrain vient-elle enrichir et nuancer nos pratiques professionnelles ?

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D'abord professionnel·les, puis élu·es

Depuis des années, nous accompagnons des collectivités, concevons des démarches participatives et conseillons des équipes municipales. Nous pensions bien connaître le fonctionnement des collectivités territoriales.

Puis, l’envie et la possibilité de s'engager concrètement dans la vie communale s’est présentée pour Marion et Igor. Devenir élu·e est un appel à aborder une autre réalité :

  • Découvrir l'épaisseur du quotidien : Entre la théorie des projets que l'on dessine sur le papier et la réalité d'un mandat (l'arbitrage permanent entre les urgences, la masse des dossiers, la charge mentale et les contraintes budgétaires), il y a un monde que seul l'engagement direct permet de mesurer pleinement.
  • Mieux mesurer la complexité des arbitrages : Avoir été professionnel·les de l'accompagnement avant d'être élu·es nous aide certes à appréhender les rouages administratifs, mais le mandat nous rappelle à quel point les décisions politiques ne sont pas toutes évidentes et découlent de compromis complexes.

Bien-sûr, ce double parcours ne nous met pas en position de donner des leçons : il nous apprend au contraire à aborder le travail (car oui c’est un travail) des élu·es avec encore plus de respect et de souplesse.

Compréhension des rythmes et des contraintes

Si cette expérience du mandat vient nourrir notre pratique à la Coop, c'est avant tout en nous apportant une plus grande sensibilité aux réalités vécues par nos interlocuteur-ices, qu’ils soient élu-es ou agent-es.

  • Ajuster le regard sur les rythmes locaux : Faire l'expérience du temps politique (avec ses accélérations et ses temps longs imposés par la délibération collective) nous pousse à réfléchir à des accompagnements plus réalistes, plus attentifs à la charge de travail des équipes municipales et des agent-es mais aussi d’ajuster nos calendrier d’accompagnement par exemple afin de s’adosser à d’autres projets déjà en route ou de laisser la place à des sujets plus sensibles et/ou urgents
  • Mesurer la responsabilité : Se retrouver soi-même en situation de voter un budget ou de prendre position sur un aménagement local permet de toucher du doigt la responsabilité qui pèse sur les épaules des élu-es, qu'ils ou elles soient de la majorité ou de la minorité. Cette nouvelle position permet, entres autres, de se sensibiliser encore un peu plus aux priorités à donner lorsqu’on gère une commune mais en tant qu’accompagnant-es de pouvoir réaffirmer la nécessité de faire participer et de rendre compte auprès des habitant-es.
  • Apprendre la nuance : L’appropriation d’un chantier, l’acceptabilité de contraintes se joue parfois dans quelques détails qui deviennent décisifs à un endroit alors qu’ils seront différents ailleurs. Loin de nous l’idée de plaquer les projets d’un territoire à un autre, cette expérience permet de pousser encore plus loin le curseur sur les nuances qui composent un projet structurant.

Deux communes, deux postures

Nos deux élu-es n'exercent pas au sein de la même assemblée locale, mais dans deux villes aux réalités différentes. De plus, l'un participe à la gestion active au sein d'une majorité, tandis que l'autre siège dans une minorité.

Cette diversité d'ancrages est une véritable opportunité pour notre coopérative :

  • Comprendre la logique de majorité : Concevoir l'action, arbitrer les priorités, faire avancer un programme, gérer la mise en œuvre opérationnelle et les contraintes de gestion.
  • Comprendre la logique des groupes minoritaires : Incarner le rôle de vigilance, questionner les choix, proposer des alternatives, défendre le pluralisme et faire entendre la voix de minorités représentatives.

Vivre ces deux facettes de la démocratie locale au sein de notre équipe nous rappelle constamment qu'un territoire se construit dans la pluralité des points de vue et que la démocratie locale se nourrit du débat contradictoire et que chaque posture au sein d'un conseil municipal a sa légitimité et sa fonction.

Gardes-fous et déontologie : préserver la confiance

Si l'expérience du mandat nous confronte à certaines réalités que nous ne connaissions pas encore, elle exige une vigilance de notre part pour garantir l'impartialité de notre action. Nous nous imposons donc des règles claires :

  1. Le déport systématique : Rien n’empêche La Coop d’intervenir en accompagnement sur les territoires des communes où nos membres exercent un mandat ou au niveau des instances intercommunales directement liées. Par contre, depuis la prise de fonction en tant qu’élu-es, si une sollicitation émerge sur ces périmètres, le-la membre concerné·e se déporte de la mission et des échanges et laisse la place aux collègues.
  2. La juste posture du tiers : Connaître les coulisses d'un conseil municipal ne signifie en aucun cas se substituer aux élu-es accompagné-es. En tant que consultant-es et facilitateur-ices, nous restons à notre place de tiers extérieur, garant du cadre, de la méthode et de la neutralité.
  3. La séparation des espaces : Les temps, les outils et les expressions liées aux mandats locaux sont scrupuleusement séparés des activités et de la communication de la coopérative.

Continuer d’apprendre avec les territoires

L'hybridation des parcours fait la force du modèle coopératif. Être à la fois des professionnels de l'accompagnement territorial et des citoyen-nes engagé-es dans la vie de nos communes nous apparaît finalement logique et nous permettra, on le souhaite, de s’ancrer toujours plus profondément dans les réalités du monde local.

En formulant clairement ces principes et en les appliquant, notre équipe veut réaffirmer sa vocation : être un-e partenaire de confiance, rigoureux et lucide, au service de toutes les collectivités et de la fabrique des politiques publiques de demain en mettant au centre la coopération.