D'une chorale à une comédie musicale, quand l'art et la culture animent le bocage...

Par Marie Panayoty

· Carnet de rencontre,Actualités

Ces carnets de rencontre font le lien entre les valeurs que nous portons, les projets que nous menons et les personnes qui contribuent également au dynamisme du territoire. C'est une façon de mettre en lumière ces gens que nous côtoyons, de mieux saisir leur histoire, leurs émotions... Et pour celui-ci, nous vous présentons Anne-Flore Grandsire à travers l’expérience vécue par une des salariées de notre structure. Bonne lecture ! 😊

Sainte-Honorine-la-Guillaume, j’y pose mes valises la veille de mon contrat à la Coop des Territoires. Cette commune de près de 350 habitants a été ma première étape pour m’installer dans le bocage ornais. Pour tisser rapidement du lien social, il n’y a pas de secret, il faut se renseigner sur ce qui se fait dans le coin, s’inscrire à des activités et participer à des événements.

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Un chapiteau de cirque installé dans une petite commune… oui c’est possible ! @Traver’sons

Après avoir choisi mes cours de yoga, je m’attèle à repérer une activité artistique. J’entends parler à plusieurs reprises de chorale. Mais il n’y en a pas qu’une ! Tout le monde chante par ici j’ai l’impression... Alors je me renseigne auprès d’une certaine Anne-Flore pour faire un cours d’essai dans la salle des fêtes de “Sainte-Ho”, d’abord dans une chorale mixte appelée Chora’sons. Suite à la crise sanitaire pendant laquelle Anne-Flore a organisé des ateliers de chant en tant qu’artiste musicienne, elle a ensuite créé l’association Traver’sons pour pérenniser l’initiative.

L’ambiance est bonne, mais le répertoire musicale ne m’interpelle pas plus que ça. Je sais qu’une autre chorale existe, Aurora le chœur de femmes, apparemment reconnu pour son niveau plus élevé. Et là, pression ! J’ose quand même demander pour assister à une session en disant qu’enfant, j’avais déjà fait partie d’une chorale pendant plusieurs années. Anne-Flore accepte également en sachant qu’il y a avait besoin justement d’une soprano pour compléter le pupitre, et là, c’est le crush direct ! La puissance des voix féminines m’emporte, je sens aussi que c’est un peu plus challengeant, surtout que je ne sais pas déchiffrer les partitions…

Alors, Anne-Flore m’explique le cadre et les objectifs de l’année. Déjà, l’assiduité est de rigueur, quand on s’engage, c’est pour de vrai ! Cela me va, je ne suis pas du genre à faire les choses à moitié, je suis raccord avec cette vision. De plus, on n’est pas juste là pour chanter ensemble dans notre coin, cela serait trop simple. Elle m’annonce qu’il y a un projet de comédie musicale incluant l’ensemble des chœurs Chora’sons, Aurora et Piou Piou. J’avoue que je n’ai pas réalisé tout de suite ce que cela impliquait, mis à part bloquer dans mon agenda les nombreuses dates de répétitions sous différents formats transmises dans un beau tableur excel, avec notamment des week-ends dédiés en mode “résidence d’artistes”. Je me souviens encore du regard de mon conjoint qui ne comprenait pas pourquoi cette chorale pouvait être si chronophage…

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Les répétitions dans la salle des fêtes de Sainte-Honorine-la-Guillaume et le rendu final sur scène @Traver’sons

En tout cas, quand j’écoute Anne-Flore expliquer les tenants et aboutissants, elle a l’air déterminée et bien organisée. Il ne m’en faut pas plus pour accepter, je n’ai pas peur de monter sur scène surtout si on est en groupe. Je me dis aussi que je ne ferai pas deux fois dans ma vie une comédie musicale et que c’est plutôt une bonne surprise de participer à cette idée originale à laquelle je n’aurai jamais parié en quittant Lille ! Faut bien mettre un peu de piment dans sa vie et saisir les opportunités qu’offre le tissu associatif local surtout si la cheffe de chœur sait où elle va.

Après avoir signé de mon sang et payé mon adhésion, je vois qu’Anne-Flore se fait des nœuds au cerveau pour adapter le planning afin qu’un maximum de personnes soit présentes. On a toutes remplies un tableau de présence pour avoir une visibilité sur l’année. On change même le créneau du mardi midi au mercredi soir, même si cela n’arrange pas tout le monde On fait cela aussi pour le bien du collectif, car ce n’est pas la même quand on est 11 ou 16. En effet, s’il manque la moitié des personnes dans un pupitre, le déséquilibre peut perturber les repères pour s’accorder ensemble. Ainsi, j’ai pris conscience que - tout comme les votes - chaque voix comptait dans une chorale de taille modeste.

Pourtant, parfois un imprévu arrive, et lorsque Anne-Flore découvre le jour même plusieurs absentes, elle craque… Je me souviens encore de cette répétition où elle est sortie respirer et où on a commencé à s’échauffer sans elle. Elle revient les yeux mouillés, nous rappelle que chaque répétition est préparée en amont et que chacune doit au maximum s’organiser pour respecter l’organisation générale même si elle est bien sûr consciente qu’il y a des aléas possibles. Cette exigence peut être perçue comme contraignante mais c’est aussi un ingrédient de succès nous amenant à nous dépasser et à sortir de notre zone de confort. J’ai apprécié sa clairvoyance aussi sur le fait que cette situation la touchait particulièrement et qu’elle devait aussi savoir prendre du recul. Exposer sa vulnérabilité nous invite à faire de même en cas de doute. Elle nous a toujours encouragé, sans jugement, à aller jusqu’au bout, tout en tenant compte de nos peurs.

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Passage de l’incantation des fées, on chante une mélodie sans parole derrière le décor mais ce n’est pas plus aisé pour autant… @Traver’sons

Je me sens à ma place dans le pupitre “Soprano 2”, et j’ai bien sympathisé avec mes homologues de voix. On est complémentaire dans nos approches (à l’oreille VS suivre les partitions), ce qui est bénéfique pour l’équipe. Les sessions s’enchaînent oscillant entre nos blagues et les rappels d’Anne-Flore pour stopper nos débats sur quelle note chanter mesure 27. Si tout le monde chuchote dans son coin, on ne s’entend plus... C’est pourquoi Anne-Flore a mis en place un Drive où on a accès à chaque voix chantée seule ou avec le reste des voix. En s’entraînant au préalable, cela évite de découvrir en répétition les chants et “de gagner en temps et en plaisir”, tout en donnant plus l’espace pour répondre à nos demandes quand on veut retravailler une partie jugée difficile.

Les mois passent et le lien entre nos chansons et la comédie musicale commencent à prendre forme. Je sens que le bocage s’agite comme une fourmilière à l’ouvrage. Un ensemble d’ateliers participatifs sont organisés en parallèle, que ce soit pour dessiner l’affiche, créer un tronc d’arbre en carton et journaux, prêter des animaux empaillés ou encore trouver des tenus à sequins. Il y a des référentes désignées par thématique, ainsi #Tatiana s’occupe des costumes, #Kim des décors, #Manon des chorégraphies et #Chloé de la mise en scène. Je vois passer de nombreux messages et appels sur les groupes de réseaux sociaux locaux. Tout est fabriqué de manière artisanale et avec des matériaux de récupération principalement, et le rendu est à la hauteur. Je pense notamment au costume de dragon avec des chutes de cuir, ensuite bombées avec de la peinture dorée. Sublime !

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Atelier couture pour les jupons des fées à l’auberge de Sainte-Ho ; Le dragon s'apprêtant à défier les chevaliers avec le choeur d'Aurora en arrière plan @Traver’sons

En tant que choriste, on est interrogé pour savoir si nous souhaitions avoir des missions complémentaires “à la carte” : un rôle, une chorégraphie, une tâche logistique… Nous avions à disposition un panel de choix pour moduler notre degré d’engagement dans ce projet. La subtilité est qu’on devait se prononcer mais sans savoir exactement ce qu’il allait se passer. Ainsi, il fallait avoir confiance pour se lancer, sans qu’une description précise soit attitrée. Anne-Flore s’est souvent expliquée sur cette situation et a su nous rassurer sans nous obliger si nous ne nous sentions pas à l’aise. J’hésite… incarner un rôle me titille mais c’est un peu flippant. Je me laisse finalement tenter en voyant l’émulation dans le groupe “allez… ça va être bien !”. Je me suis donc inscrite avec une certaine appréhension en tant que “princesse” avec ma binôme #Marion, sans savoir que j’allais porter un corset pour le balancer sur scène lors des “Barbies Girls”.

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Les Barbies Girls qui se trémoussent à gogo avant de déchanter… @Traver’sons

Après avoir répété chacun de notre côté, le but a été de nous rassembler fin mars dans un lieu d’exception le Tapis Vert à Lalacelle, afin de faire le premier filage pour enfin comprendre l’histoire à travers l’enchaînement des scènes. Une étape assez marquante car très intense avec un programme de ministre annoncé par Anne-Flore. Départ en mode covoiturage avec d’autres voisines bréeloises pour une heure de trajet. Arrivée sur place, le lieu est vraiment magique, je ne m’attendais pas à un endroit aussi impressionnant et je me sens privilégiée de participer à cette aventure. On est enfin rassemblé avec Chora’sons, pour fusionner nos chants avec une certaine excitation il faut le dire ! Une quarantaine de personnes à coordonner pendant 48h, et ça Anne-Flore sait y faire. J’adore le travail d’ancrage et d’échauffement qu’elle prend le temps de faire au début, cela permet vraiment d’être dans notre corps et de se détendre, pour être pleinement présent et mieux utiliser nos organes qui ne se résument d’ailleurs pas qu’aux cordes vocales. C’est ainsi qu’on répète une fois, deux fois… voire plus certains passages et c’est assez fatiguant. Je me souviens d’une session où il y avait divergence entre la chorégraphie et la mise en scène, et où on peinait à se mettre d’accord… Heureusement, Anne-Flore en voyant ma tête déconfite, m’a suggérée de faire une sieste car il y avait un peu de mou dans mon programme de princesse. Je la remercie encore pour sa compréhension ce qui m’a permis de revenir boostée pour la suite. Les moments de repas participatifs étaient mémorables, je suis encore sidérée par la confection de certains plats, les anciens se sont particulièrement démenés pour nous mijoter des recettes gourmandes. C’est cela aussi qui fait la force du collectif, quand chacun donne un peu de sa personne pour que tout le monde soit content, cela se ressent et la joie se partage.

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Notre déroulé complet affiché et réalisé par Chloé ; Échauffement avant de se lancer dans le chant @Traver’sons

Il nous reste 3 mois montre en main pour peaufiner les détails et terminer d’apprendre les chants. Le stress monte car on se rend compte qu’il y a encore beaucoup de choses à régler et on se demande si ça va passer… Anne-Flore ne se démonte pas et reste stoïque malgré la fatigue. Elle note, elle documente, elle corrige, elle adapte. Parfois, certains passages sont trop complexes à apprendre, elle choisit de les supprimer ou de les remouliner pour que ce soit accessible et qu’on s’en sorte sans que ce soit trop inconfortable et vécu comme une prise de risque sur scène. Elle va même jusqu’à venir chanter avec nous lors du redouté et si bien nommé “Mission Impossible”. Même si ce n’était pas parfait et qu’on s’est bien sûr planté, aucune remarque culpabilisante, l’important est qu’on ait fait de notre mieux et qu’on reste concentré jusqu’à la fin. J’admire sincèrement son sang-froid et sa capacité à gérer les aléas vu l’enjeu final, il y en aurait plus d’un qui aurait quitté le navire. Anne-Flore a ainsi vogué entre fermeté et écoute, afin de nous montrer avec transparence la direction à suivre pour y arriver ensemble. Peu d’entre nous ont abandonné avant la fin, car justement, on se sentait embarqué dans une œuvre commune et on savait qu’il ne fallait rien lâcher pour que nous soyons fiers de cette réalisation.

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Ultime brief sous chapiteau avant chaque spectacle pour motiver les troupes ; Enième répétition des chorégraphies dans les loges pour être sûre d’être synchro @Traver’sons

Le grand jour arrive… la répétition générale se fait pour la première fois dans le chapiteau la veille de la première représentation. On doit se réadapter dans ces nouveaux repères : cour ou jardin ? par où dois-je sortir ? avec ou sans corset ? On répète de 18h30 jusqu’à quasiment 23h, et on se rend compte qu’il y a des bugs dans le déroulé. Qui sort la prison ? Comment on amène les estrades qui pèsent 3 tonnes sans que ça soit trop long ? Ce sont les transitions qui sont les plus difficiles à gérer. Anne-Flore argumente que c’est normal et qu’il ne faut pas paniquer, promis demain, il y aura les solutions (je ne sais pas quand elle dort finalement ?). En effet, lors du premier brief avant le début de la pièce, les erreurs ont été anticipées et réglées, les derniers conseils sont prodigués, comme par exemple, si on entre trop tôt sur scène, il faut y rester, car le principe est qu’il faut assumer sans montrer qu’on a rien à faire là, et là miracle, ça passe !

En tout cas, je n’oublierai pas cette émotion juste avant de franchir le rideau. On entend les réactions du public, on respire, on se rappelle la première note, et là, le temps est suspendu… On a validé collectivement le fait de permettre les applaudissements tout au long des scènes pour nous gorger des bonnes énergies et saisir la température de la foule (d’ailleurs, je me régale encore de Chloé toute contente de montrer que c’était son avis et pas celui d’Anne-Flore, ces petites provocations témoignant de leur grande complicité étaient vraiment drôles).

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Chora’sons en mode méchant sur un air bien connu de Starmania @Traver’sons

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Les Pious-Pious bûcherons avec l’arbre géant @Traver’sons

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Les fées d’Aurora qui luttent pour libérer Miel avec l’aide des princesses @Traver’sons

Le thème de la comédie musicale a été le vecteur d’un message de tolérance et d’amour à travers le personnage principal de Miel #Gaspard, à la recherche de son identité durant toute la pièce. J’ai trouvé courageux de choisir une thématique engagée mais suffisamment bien travaillée pour que ce soit accessible à un vaste public. D’ailleurs, grâce aussi à une communication maîtrisée #Camille#Morgane#Anne-Flore#Marion, nous avons fait salle comble aux 3 représentations ! On a même dû refuser des spectateurs ! Soit plus de 900 personnes qui se sont déplacées pour assister à cet événement culturel planifié juste avant les vacances scolaires (ce qui représente quand même quasi 3 fois la population communale). Petite dédicace à monsieur le Maire de Sainte-Ho, #Pierre qui a toujours soutenu cette initiative, ne serait-ce qu’en laissant à disposition la salle des fêtes et en autorisant l’installation du chapiteau sur le site. Ce relais politique a été facilitant pour développer les liens sociaux et les dynamiques culturelles.

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Scène finale invitant à rejoindre Shonowin, ville imaginaire où se déroule l’histoire @Traver’sons

S’il devait y avoir une morale dans cette histoire quelque peu magique, je pense que ce serait de suivre ses aspirations, encore plus lorsqu’elles sont construites autour de valeurs partagées et que vous sentez l’enthousiasme circuler autour de vous (et on a envie de vous dire que même si c’est dur et qu’il y a des réticences - parce qu’il y en a eu aussi, il faut essayer!). Anne-Flore a réussi le pari de rassembler un panel d’habitants varié en mêlant pratiques artistiques, arts appliqués de la scène et compétences techniques à travers un projet ambitieux qui s’est échelonné sur 2 ans. Un temps long qui a été nécessaire pour définir chaque aspect de manière participative et ne rien laisser au hasard. Chacun sa recette pour monter un projet mais celle d’Anne-Flore a été la bonne pour cette comédie musicale, avec ses traits de caractères qui lui sont propres et qui ont permis de mobiliser autour d’elle ce dont nous avions besoin pour nous mener vers notre objectif commun.

Encore merci à Anne-Flore pour cet énorme travail (en espérant qu’elle a pu retrouver sa voix cet été), et aussi à toutes celles et ceux que j’ai pu croiser de près ou de loin dans cette aventure. J’ai été très touchée de faire partie de ce projet et je n’aurais pu espérer mieux comme intégration sur le territoire ! D’ailleurs, on a du mal à se quitter… on s’est encore retrouvé ce mercredi 2 septembre pour visionner ensemble la comédie musicale dans notre salle des fêtes préférée et peut-être se redonner RDV - sans comédie musicale pour 2027 cette fois - mais avec de nouveaux répertoires à explorer (teasing, si vous aimez la Scandinavie…).

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Une véritable aventure collective dans le bocage ornais... et ce n'est que le début ! @Traver’sons

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