Ces carnets de bord présentent les grandes étapes des projets menés par la Coop. On vous raconte nos réussites, nos loupés et nos interrogations. Une documentation en continu, imparfaite et évolutive. Ce carnet revient sur un an et demi d'accompagnement de la ville de Chambéry sur les conseils de quartier citoyen et les démarches d'initiative citoyennes en général. Bonne lecture ! 😊

Une demande classique : améliorer un dispositif
Quand nous avons commencé à travailler avec la ville de Chambéry en 2024, la demande était claire : aider les Conseils de Quartier Citoyens (CQC) à produire plus de projets concrets.
Le dispositif des CQC de Chambéry existe depuis plusieurs années, et mobilise des agents, des habitants, du temps, des ressources. Il crée du lien, des espaces d’échange, une certaine vitalité locale. Mais il produit peu d’actions concrètes, alors même que c’est l’un de ses objectifs.
C’est donc à cet endroit que nous sommes intervenus
Notre point d’entrée était assez classique : une formation-action “de l’idée au projet”, proposée à la fois aux habitants impliqués dans les CQC et aux agents des mairies de quartier qui les accompagnent. L’hypothèse était simple : si les projets n’aboutissent pas, c’est peut-être qu’il manque une méthode partagée.

Mettre des mots sur “faire projet”
Les premiers mois sont consacrés à ce travail : nous organisons des ateliers, avec les habitants, avec les agents, puis tous ensemble. Nous cherchons à clarifier ce que signifie “monter un projet citoyen”, à identifier les différentes étapes permettant de passer de l’idée au projet, à expliciter les rôles, à distinguer les types de situations (“projets en autonomie par les habitants” vs “projets pilotés par la ville avec sollicitation des habitants”), à nommer les points de friction concrets . Très vite, des choses utiles émergent et certains malentendus se lèvent…mais d’autres limites apparaissent.

Au fil des échanges, un constat revient :
Les Conseils de Quartier Citoyens rassemblent des personnes qui ne viennent pas pour les mêmes raisons. Certains souhaitent porter des projets, d’autres veulent suivre la vie du quartier, d’autres encore exprimer des attentes ou des problèmes.
Ces usages coexistent, et c’est en partie ce qui fait la richesse de ces espaces. Mais ils ne produisent pas les mêmes dynamiques, et surtout ne demandent pas les mêmes formes d’accompagnement ou d’animation par la ville.
Une difficulté structurelle à passer à l’action
Produire un projet suppose autre chose qu’un espace de participation ouvert : cela demande du temps, une certaine continuité, une capacité à s’organiser collectivement, à arbitrer, à porter dans la durée. Cela suppose aussi un accompagnement exigeant de la part de la collectivité, surtout si les habitants impliqués ne sont pas familiers dès méthodes de création de projet ou de travail en groupe
Or le dispositif des CQC porte une ambition d’ouverture large — sans que les moyens nécessaires pour accompagner ce passage à l’action soient réellement réunis.
Interlude : notre rapport d’étonnement
À la fin de cette première phase, nous mettons ces éléments par écrit à la demande de nos partenaires de la Mission Implication Citoyenne et des Mairies de Quartier. Ce que nous formulons :
1/ les Conseils de Quartier ne semblent pas être le bon endroit pour faire émerger des projets, en tout cas dans leur configuration actuelle.
2/ Pour autant, ils ne sont pas inutiles. Ils jouent un rôle réel dans la vie démocratique locale : ils créent du lien, ils permettent des échanges, ils rendent visibles des sujets qui, autrement, resteraient dispersés.
3/ Les initiatives citoyennes existent bien à Chambéry, mais elles émergent en grande partie, en dehors des Conseils de Quartier Citoyen, dans des collectifs plus resserrés, dans des dynamiques plus autonomes et plus directement orientées vers l’action.
Une nouvelle question
À partir de là, la question évolue. Il ne s’agit plus seulement d’améliorer un dispositif, mais de comprendre comment soutenir l’initiative citoyenne là où elle se développe réellement.
Un travail plus discret, mais structurant
Avec la Mission Implication Citoyenne et les mairies de quartier, nous engageons un travail de fond pour faire évoluer le cadre global : l’enjeu n’est plus d’ajuster les CQC, mais de clarifier la manière dont la ville souhaite accompagner les initiatives.
Trois réflexions clés
Ce travail conduit à plusieurs évolutions.
1/ D’abord, recentrer l’attention sur les projets eux-mêmes, quel que soit leur point d’entrée, plutôt que sur un dispositif unique.
2/ Ensuite, distinguer plus clairement deux fonctions :
- l’animation démocratique des quartiers (informer, échanger, créer du lien)
- l’accompagnement de projets portés par des habitants, qu’ils émanent ou non des conseils de quartier
3/ Enfin, accepter que ces deux fonctions ne soient pas forcément portées dans un même cadre, à savoir les Conseils de Quartier Citoyens. Des objectifs différents, visant un public différent : il est normal d’avoir des formats différents.
Cela implique potentiellement de mettre moins de ressources sur le soutien de “groupes de travail permanents”, et de les réorienter sur d’autres temps : des “plénières de quartier” (pour informer, questionner, faire du lien, se rencontrer...), des “rencontres inter-quartiers” (pour sensibiliser, former, inspirer,... ), et recentrer le soutien sur les initiatives elles-mêmes, via notamment le déploiement d’un dispositif de Budget d’Initiatives Citoyennes.
Phase 3 — Le sujet se déplace à l’intérieur de la collectivité
Une nouvelle question : comment ça fonctionne vraiment ?
Les mois passent, et nous continuons à tirer les différents fils avec nos partenaires de la Mission Implication Citoyenne et des Mairies de Quartier ; nous mettons désormais le doigt sur la manière dont les services coopèrent entre eux dans le cadre du soutien à l’initiative citoyenne.
La question devient alors : que se passe-t-il concrètement, dans la collectivité, lorsqu’une initiative apparaît ?
Un séminaire transverse autour de l’initiative citoyenne
Nous organisons une journée de travail réunissant les mairies de quartier, la Mission Implication Citoyenne, plusieurs services techniques et thématiques (culture, jeunesse, animation de la vie sociale, transition éco, ville inclusive, politique de la ville... qui mènent des actions ou démarches d'où émergent des initiatives citoyennes)
Jusqu’ici, nous avons beaucoup travaillé sur les dispositifs et sur la relation aux habitants. Cette fois, nous nous intéressons à ce qui se passe à l’intérieur de la collectivité.

En partant de projets concrets, nous cherchons à reconstituer leur parcours : d’où vient la demande, comment elle circule, qui intervient, à quels moments les décisions se prennent.
Nous cherchons à croiser les points de vue, pour que les différents services et personnes puissent mieux se comprendre et s’organiser.
Ce que la journée rend visible
Avec près d’une quarantaine d’agents, de responsables et directeurs présents, et une participation très active de chacun(e), ce séminaire fut extrêmement fertile !
Plusieurs éléments apparaissent clairement.
- Les agents impliqués ne se connaissent pas toujours, ou mal.
- Chacun travaille avec une vision partielle du système
- Les contraintes des uns sont peu visibles pour les autres.
Dans ce contexte, chaque projet demande de réinventer une organisation, en fonction du point d’entrée, des personnes impliquées, etc

Un autre besoin émerge : celui de clarifier les rôles. Qui fait quoi, à quel moment, où et comment sont prises les décisions et priorisations, par où est-ce que l’information circule.
Aujourd’hui, ces éléments existent, mais restent souvent implicites. Cette flexibilité permet de s’adapter, mais elle rend aussi plus difficile la capitalisation des expériences et l’amélioration continue.
En conclusion
Ce que cette journée vient confirmer, c’est un déplacement amorcé depuis le début de l’accompagnement. Soutenir l’initiative citoyenne ne passe pas uniquement par la création de dispositifs. Cela suppose aussi de travailler les conditions internes de coopération.
- créer des espaces pour se connaître entre services
- rendre visibles les contraintes de chacun
- partager des manières de faire
- revenir collectivement sur les projets pour en tirer les apprentissages et progresser ensemble
Rédaction : Anne-Laure Romanet
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