Ces carnets d’horizon présentent nos intuitions, nos réflexions stratégiques et nos interrogations de fond. On repart d’un sujet qui nous anime et on prend un peu de hauteur sur le quotidien.Avec Colina, Pôle de Coopération du Bocage Ornais, on aborde aujourd’hui le projet du “Labo rural”, imaginé comme un outil d’intermédiation entre questionnements du quotidien et recherche en sciences sociales. Bonne lecture ! 😊
Dans ce carnet, nous traitons notre sujet sous 3 angles :
- Notre approche du dialogue science - société
- Retour sur notre première rencontre territoriale du 19 mars 2026
- Et ensuite : notre feuille de route actualisée !
1/ Une approche résolument tournée vers les recherches participatives.
Un labo vivant et d’innovation sociale.
Le collectif et Pôle Territorial de Coopération Economique (PTCE) Colina souhaite contribuer au développement d’un territoire durable et soutenable, en mobilisant trois leviers :
- Développement économique vertueux
- Développement social local
- Recherche, développement et innovation (RDI)
Pour amorcer ce travail de structuration d’une stratégie RDI, avec des chercheur-euses bénévoles et impliqué-es localement nous avons posé en 18 mois les premières pierres d’un “Labo rural”.
Le développement de ce “Labo rural” vise à doter Colina d’un outil d’intermédiation entre monde académique et terrain. Nous souhaitons construire à la fois une interface, un creuset rassembleur, un programme d’action visant à participer à la création de savoirs communs. Voici les principaux éléments qui aiguillent notre démarche.
1- Notre intention : éclairer les regards sur le monde, faire évoluer nos représentations et les mobiliser dans nos actions quotidiennes.
2- Un objectif général : Soutenir l’innovation sociale du Pôle.Observer, outiller, qualifier, documenter et essaimer la manière dont les coopérations et actions développées agissent sur un "bien vivre ensemble" durable et soutenable dans le nord bocage ornais.
3- Une démarche de Recherche, Développement et Innovation visant à répondre à des problématiques complexes et multidisciplinaires à l’échelle d’un territoire:
- Par l’implication de toutes les parties prenantes pour répondre à des problématiques communes.
- En se caractérisant par l’accompagnement d’expérimentations se situant davantage dans le champ instituant qu’institué. C’est à dire possiblement disruptives, interrogeant l’existant.
- En proposant une boîte à outils méthodologiques et conceptuels. Ce pourrait être des webinaires, des fiches méthodes, de l’aide à la problématisation, des notes thématiques…
Avant tout, nous pensons que les dynamiques sciences et sociétés doivent permettre de démocratiser le processus de recherche, de création des savoirs. Les démarches participatives favorisent cela.
La recherche comme levier pour une construction démocratique et partagée des savoirs.
Quoi de mieux pour agir sur son environnement que le comprendre ? Et quoi de mieux pour le comprendre que de se forger soi-même, par l’intermédiaire du collectif, ses propres savoirs ? L’émancipation et les transformations sociales procèdent de cheminement.
C’est en tout cas ce que croient les personnes qui constituent aujourd’hui notre commission Labo Rural, ce qu’elles promeuvent à travers leurs pratiques. Notre conception du travail de recherche s’ancre dans les sciences sociales (sociologie, ethnologie, anthropologie) et cherche à relier regard « personnel » du chercheur-acteur et implication des personnes habitant et agissant localement. Cette approche participative, se rappelant des démarches d’innovation sociale, est constitutive de l’ADN de notre Labo Rural.
Par innovation sociale, nous entendons à la fois :
- le processus de création de savoirs, innovant en ce qu’il agrège différentes parties prenantes et tant que possible les populations locales ;
- une transformation et non pas une “simple” solution technique : il s’agit de modifier les rapports sociaux, la façon de fabriquer collectivement nos lendemains… et de tendre vers davantage d’égalité.
C’est donc au travers de ce cadre de pensée que nous construisons notre “Labo Rural”. Pour clore cette première partie, voici le moment d’aborder un volet incontournable de toute stratégie de RDI : le développement de partenariats avec le monde académique. Nous avons entamé ce cheminement en nous rapprochant du laboratoire Espaces et Sociétés (ESO), rapprochement qui a abouti jeudi 19 mars dernier à une première rencontre entre membres du laboratoire et acteurs locaux.

La commission Labo Rural au travail. Mars 2025 - Tiers Lieu El Capitan
2/ Jeudi 19 mars : des échanges autour de l’importance et de la complexité d’une approche multi-acteur
Une journée renforçant le partenariat local avec le laboratoire Espaces et Sociétés (ESO)
Une vingtaine de personnes se sont retrouvées au sein du Tiers-Lieux El Capitan autour d’un enjeu central : renforcer les liens entre recherche académique et territoires. Etaient présents des membres du laboratoire pour la partie acteurs académiques, et des personnes représentant les structures membres de Colina et leurs partenaires pour les acteurs de terrain.
Dans la perspective de développer des démarches de recherches participatives, les échanges ont particulièrement mis en exergue l’importance de :
- L’intrication entre savoirs scientifiques et empiriques, en favorisant une approche collaborative, participative et ancrée dans les réalités locales.
- L’interconnexion des acteurs et des territoires, souvent isolés malgré leur proximité géographique ou thématique. Il s‘agirait de créer des ponts durables entre chercheurs et territoires et de dépasser les silos entre disciplines, territoires et types d’acteurs (recherche, citoyens, institutions).
- L’idéation et la créativité comme levier pour aborder les transitions (écologiques, sociales, économiques) de manière optimiste et pragmatique, en opposition aux approches "descendantes" ou catastrophistes.
- La démocratisation de l’accès à la recherche : il apparaît nécessaire de rendre les connaissances scientifiques accessibles et utiles pour les acteurs de terrain (agriculteurs, collectivités, associations), tout en évitant un langage trop technique ou académique.
- L’inscription des projets dans le temps long : Les enjeux territoriaux (bocage, gestion de l’eau, transitions) nécessitent des démarches pérennes, loin des logiques de projets courts et fragmentés. Une des pistes serait de s’inspirer de modèles existants (Zones Atelier du CNRS, Parcs Naturels Régionaux, Observatoires…).
Nos discussions ont également soulevé des freins et défis inhérents aux dynamiques sciences et sociétés :
- Mobiliser, négocier, sanctuariser des financements stables. Cet aspect est un véritable défi pour tout organisme souhaitant développer une stratégie de RDI participative, située à la marge d’un l’écosystème plus traditionnel de la recherche. Bien souvent, il s’agit d’aller chercher des moyens auprès d’autres guichets, par exemple en mobilisant des dispositifs orientés transition écologiques, participation citoyenne, développement local… Qui aujourd’hui de plus en plus valorisent la présence de ponts avec le monde académique.
- Décalage entre les temporalités : la recherche académique (lente, rigoureuse), l’urgence des territoires et parfois des acteurs locaux (besoin de réponses rapides), ne se rencontrent pas toujours aisément. L’alignement des planètes (volonté politique, financements, énergie collective) reste fragile et nécessite un accompagnement constant.
- De même, nous avons souligné la complexité des codes et langages, le besoin de traduction entre le monde académique et les acteurs locaux est primordial pour faciliter la compréhension mutuelle.
La figure de l’intermédiateur, du passeur, du traducteur, doit ici être convoquée. Il nous apparait que cette fonction est indispensable dans le type de projet de RDI que nous portons, et doit donc être incarnée d’une façon ou d’une autre. Aujourd’hui à Colina, c’est moi-même (Tom) qui tente de jouer ce rôle ! Les observations que je viens de restituer ici vont venir renforcer notre projet, et constituent autant de point d’attention qu’il convient de garder en tête.
Juste avant de vous présenter notre feuille de route pour la suite, ajoutons que l’ambiance de cette journée du 19 mars a été marquée par l’enthousiasme, la curiosité et l’envie de poursuivre les échanges.Et ça, c’était notre objectif premier donc c’est chouette !

Animation "Poisson dans un Bocal". Rencontres ESO-Colina. Mars 2026 - Tiers Lieu El Capitan
3/ Une feuille de route qui articule temps court et temps long
Après ces mois de réflexion en interne avec nos bénévoles de la commission labo rural, de compagnonnage avec des membres d’ESO Caen ESO Angers et enfin cette journée de rencontre, nous avons abouti à cette feuille de route. Elle se déploie autour de trois temporalités.
Court terme : poursuite acculturation réciproque / interconnaissance:
- Une visite de Colina sur un terrain de recherche ESO à l'automne 2026
- Un séminaire au printemps prochain (en lien avec la thématique développer dans la partie 1/)
- Maintient d'interventions Colina en Master / maintient accueil projet tuteuré, promo master sur le terrain
Moyen terme : alimentation technique des acteurs Colina
- Coordination travaux autour des coopérations locales. (plusieurs choses sont en train de se lancer)
- Possibilité de lancer un groupe de travail sur "comment évaluer".
- Possibilité d'accueillir un.e stagiaire en master recherche / iep / etc... Selon les envies et moyens d'encadrement de structure(s) volontaire(s).
- À partir de septembre (à confirmer) : structuration d'un dispositif [Allô la Recherche] pour nos membres puissent interpeller au sujet d’un concept, sujet à creuser…
Long terme : vers une sujet de recherche commun à Colina :
- Jusqu'à l'été 2026 : des rendez-vous d’aide à la problématisation avec chaque membre de Colina ("Qu'est ce que j'ai envie d'explorer ?") et nos partenaires du laboratoire ESO.
- Pour octobre 2026 : rédaction d'une note d'intention "projet de recherche en Sciences Humaines et Sociales".
- Automne-hiver 2026-2027 : formulation d'un projet de recherche à même d'aller chercher des financements associés, notamment dans les dispositifs de soutien à l’innovation (CIR, CIFRE, BPI…).
Enfin, nous venons également d’intégrer une communauté apprenante “PTCE et Recherche et Développement Sociale”. Objectif : nous accompagner sur la définition de notre stratégie de R&D sociale.La question à se poser: que veut-on craquer comme frein ? Que faudrait-il démontrer ? Quelle méthode pour dépasser l’expérimentation et faire démonstration ?
Nous pourrions par exemple construire un programme autour du véhicule de financement territorial dont les premiers contours se précisent à l’heure actuelle. Une autre possibilité est de documenter notre approche des coopérations territoriales, qui s’appuie sur les synergies multi-acteurs ainsi que sur la place des habitantes et habitants dans la fabrique du territoire.
Ainsi, comme vous pouvez le voir, Colina chemine pas à pas dans ce long parcours qu’est le développement d’une stratégie de recherche.Je suis content de vous avoir proposé ce point d’étape aujourd’hui, en espérant que l’horizon dépeint donne envie de pagayer dans le même sens !
Rédaction : Tom Guadagnin
Envie de suivre les prochains carnets? Abonnez-vous à notre newsletter 😄

Des doctorant.es et masterant.es en visite de terrain. Janvier 2026 - Ferme du Mont Hardy

Rencontres ESO-Colina. Mars 2026 - Tiers Lieu El Capitan
