Ces carnets de bord présentent les grandes étapes des projets menés par la Coop. On vous raconte nos réussites, nos loupés et nos interrogations, et aujourd'hui un changement de perspective. Ce carnet revient sur le Séminaire European Learning Summit 2026 organisé par Commonland and le Bioregional Weaving Labs Collective fin avril dernier. Ca parle du fond comme de la forme de l'événement, comme un bel exemple de ce qu'on peut faire. Nous reviendrons plus tard pour vous présenter quelques personnes inspirantes présentes (qui feront l’objet d’un autre carnet dans les prochaines semaines). Bonne lecture! 😊
Introduction et Contexte
Bonjour, bonjour : ici Jeanne. Je vous parlais la dernière fois de mon trajet en bus de 80h aller-retour pour aller en Roumanie. Je vous avais dit que l’aventure valait le détour parce que le sommet en question - the European Learning Summit 2026 - était riche.
Il est donc temps de vous en parler un peu plus précisément.
Donc en bref et pour contextualiser : en avril dernier, la biorégion d’Oltenia de sub Munte, en Roumanie, a accueilli l’European Learning Summit 2026. Co-organisé par Commonland et le collectif Bioregional Weaving Labs. Ce sommet européen a rassemblé plus de 80 praticien.nes, des facilitateur.ices et des acteur.ices du changement venu.es de plus de 10 pays. L’ambition sous-jacente de ce rassemblement n’était pas de se faire mousser sur le travail extraordinaire que chaque personne présente faisait (même si ça, on n’en doute pas), mais plus de se rassembler pour:
- Célébrer le travail effectué ces dernières années,
- Reconnaître sa complexité et le paradoxe dans lequel nous nous trouvons : une envie de contribuer à un monde différent alors que le socle de notre société est encore extractiviste.
- “We find ourselves in a paradox. We are building the new, while standing on the old” ⇒ une invitation à la conscience de cette ambivalence.
- Se rencontrer, connecter, créer du lien
- Prendre le temps de réfléchir à ce qu’on a pu apprendre chacun dans nos territoires et en faisant partie de nos collectifs (au niveau des territoires et au sein de nos réseaux respectifs Commonland et BWLC) et partager,
- Se projeter dans l’avenir avec plus de clefs, plus de liens et inspiré.es
Ce retour d'expérience a pour objectif de vous en dire plus sur les 3 éléments clef de cette rencontre :
- Le fond de cet événement (la richesse du programme et des thématiques abordées)
- Sa forme (l’ingénierie pédagogique et la boîte à outils)
- Les personnes qui y participaient
Bonne lecture !

80 praticien.nes, facilitateur.ices et collaborateur.ices venu.es de plus de 10 pays d'Europe
Partie 1 : Le fond
🎯 L'Objectif Central
Bon pour moi, au global, cet événement revenait à réfléchir à un thème qui m’est cher : la coopération.
Chaque personne qui y était présente, travaille à l'échelle de son territoire pour faire émerger et soutenir des dynamiques biorégionales coopératives. Tout ça avec le but de définir une raison d'être commune avec les parties prenantes d’un territoire, de co-créer une vision pour ce dernier, qui soit inspirante et embarquante, et d'avancer ensemble localement de manière coordonnée sur différents projets.
📅 Le programme
Pour favoriser des échanges aussi riches que possible, les équipes de Commonland et du collectif BWL ont élaboré un programme de 4 jours entièrement dédiés à l'apprentissage mutuel et à l'enrichissement collectif.
- Jours 1 & 2 : Accueil et Interconnaissance
- Arrivée sur place, acclimatation et premiers partages pour apprendre à se connaître.
- Présentation des territoires de chacun.e, des projets en cours et clarification de « qui est qui, et qui est où ».
- Entrée dans le vif du sujet grâce aux premières thématiques et aux premiers ateliers (workshops) dont les sujets étaient proposés par les équipes Commonland et BWL aux participant.es.
- Jour 3 : Connexion avec la nature et inspiration
- Moments de réflexion « méta » collective enrichis par une intention commune pour régions respectives que nous célébrions à l’occasion du Earth Day.
- Temps de déconnexion / connexion à notre environnement et balade dans les environs de la région de l’Oltenia de Sub Munte, Roumanie.
- Jour 4 : De l'inspiration à l'action
- Organisation de temps dont les thématiques étaient proposées par les participant.es en mode “ateliers”, séances de co-développement et ateliers pratiques grâce à des formats préparés en amont (et détaillés plus bas).
- Réflexion collaborative sur la manière d’avancer ensemble.
Un gros kiff.

💡 Les Thématiques Abordées
Si on se concentre sur les sujets de discussions, nos thématiques étaient particulièrement denses et se divisaient en deux grandes catégories afin de mêler théorie et besoins concrets des participants:
1. Des thématiques globales et conceptuelles proposées par les équipes du Commonland et du BWLC sur la base de leur travail avec les différents territoires
Ces thématiques traitaient de sujets qui touchent et concernent la majorité des participant.es :
- Les outils de gouvernance et de travail collaboratif
- Les outils de financement adaptés aux enjeux biorégionaux
- La facilitation de la collaboration
- La co-construction de la stratégie et cartographie prospective
- Les piliers relationnels de la coopération, tels que la confiance et le leadership
- Et bien d’autres !

World café
2. Des thématiques pratiques et de co-construction apportées par les
participant.es
Ces ateliers visaient à répondre directement aux interrogations concrètes des personnes présentes - toujours conceptuelles ou alors ancrée dans des situations concrètes de leur territoire - avec par exemple les thématiques suivantes :
- Communication : Quelles tactiques les organisations utilisent-elles au quotidien ?
- Financement européen : Comment construire une idée de projet commune pour postuler ensemble à des fonds européens ?
- Résilience : Comment traduire les connaissances et les retours d'expérience pour rendre l'Europe plus résiliente ?
- Cohésion d'équipe : Comment bâtir une bonne dynamique d'équipe (team building) dédiée au développement biorégional ?
- Futur de la coopération : Quelles sont les prochaines étapes de la coopération inter-biorégions ?
- Finance : Comment faire en sorte que le financement biorégional soit un levier positif des dynamiques locales et ne les mette pas en péril ?
- Et bien d’autres !

Sujet apporté par Toos
Là, je vous partage des thématiques et vous brûlez sûrement d’en savoir plus : “elle parle, elle parle mais on veut avoir plus d’infos sur ce qui s’est dit au sein de ces ateliers, nous!”
Je vous comprends et j’espère bientôt pouvoir vous partager les apprentissages glânés dans tous les workshops organisés, que les équipes Commonland et BWLC sont en train de rassembler et organiser. Stay tuned.
🧠 Et qu’est-ce que je retire de tout ça moi?
Alors déjà, je tiens à dire que ce que je trouve passionnant à chaque fois, c’est que : on ne “crack” pas un sujet en participant à un séminaire ou un atelier. On en discute, on s’enrichit (et s’émerveille) du partage des autres, on ajoute de la nuance à notre vision pour aller vers plus de subtilités, de justesse peut-être. Mais on en revient au final toujours à la …. pratique : la coopération, ça se pratique, ça se vit, ça se travaille, on glâne des outils pour contribuer de la meilleure manière possible aux dynamiques en présence, mais c’est du feeling, ça se sent, et y a pas une clef toute faite qui serait adaptable tout le temps.
- Exemple 1 - atelier sur la Confiance & le Leadership : les grands concepts clef en lien avec la confiance et le leadership qui sont ressortis de nos discussions sont les suivants : humilité, congruence, patience, transparence, intégrité, etc. Hyper enrichissant de les noter, d’entendre les exemples partagés, d’entendre parler d’une tribu autochtone qui fait le choix de ses leaders via un conseil de grands-mères, etc. Et en même temps, pas de solutions précises à part plus de conscience, une invitation à observer ces concepts et tenter de les incarner au plus juste dans la pratique
- Exemple 2 - atelier “Comment faire en sorte que le financement biorégional soit un levier positif des dynamiques locales et ne les mette pas en péril?” : ici on a d’abord beaucoup parlé du fait qu’une des grosses problématiques - notamment dans les projets d’agriculture régénérative - c’était l’accès à la terre. Et en continuant la discussion, on s’est aperçu qu’il y avait un autre élément qui posait question. En effet, qui dit “finance”, dit finalement aussi toujours en filigrane “besoin de gouvernance” très fort. Parce que l’arrivée d’argent sur un territoire nécessite de se poser les bonnes questions en amont sur:
- La raison d’être, la direction et les valeurs qu’on veut pour un collectif
- Les instances de gouvernance et modes de prise de décision qui permettront de décider des actions pour aller dans cette direction
- La rétribution du temps dédié au projet pour les parties prenantes
- L’utilisation des fonds
- Exemple concret: avec un même budget, est-ce qu’on décide de payer des prestataires extérieurs consultants pour une étude qui nous semble intéressante ou est-ce qu’on privilégie le fait de rétribuer les personnes contributrices au projet en signe d’une part de reconnaissance de leur valeur ajoutée dans le projet, et d’autre part comme moyen de les soutenir dans leur engagement long-terme? (pas de réponse ici aussi, cela dépend du projet, de l’expertise dont on peut avoir besoin à un moment spécifique, etc.)
Et là, encore une fois, on n’a pas cracké le sujet, mais le fait de mettre des mots, et se poser des questions ensemble, de visibiliser les choses, fait qu’on aura tous.tes plus d’éléments à considérer dans nos réalités pratiques.
En bref, passionnant ! Mais passons à la forme…

Atelier “Confiance & Leadership”
Partie 2 : L'ingénierie pédagogique et les outils - La Forme
🎨Une grande diversité de formats et d'outils d'animation
Bon du coup, vous imaginez qu’un séminaire aussi dense, ça se prépare et ça s’organise pour fluidifier l’expérience pour les participant.es, parce que ça 4 jours représentent une charge cognitive et émotionnelle intense.
La "design team", qui a organisé et facilité l'événement, a réalisé un travail approfondi pour proposer une expérience riche et constructive aux participant.es. La réussite de leur travail repose sur une grande variété de formats d'ateliers et d'outils de partage utilisés dans au bon moment sur les bonnes thématiques :
- Des formats d'ateliers diversifiés : L'événement a mêlé des ateliers traditionnels à des approches plus collaboratives comme le World Café, le ProAction Café et des espaces de type Open Space / Open Forum. Cela a permis d'aborder des thématiques proposées tant par les organisateurs que par les participant.es, répondant directement à leurs problématiques du moment.
- Des outils de récolte et d'ancrage variés : Pendant tout le séminaire, nous faisions du “harvest”, c’est-à-dire de la récolte de ce qui se disait, se passait, se partageait. Il s’agissait de prise de notes des participant.es sur feuilles A4 ou sur grand paperboard, des photos mises en commun, des interviews. Un journal publié au quotidien a également été mis en place pour permettre à chacun d'enrichir et d'assimiler les moments vécus.
- Des configurations de groupes adaptées : Les interactions ont été maximisées grâce à une alternance entre des partages en plénière, des sessions en groupes d'une quinzaine de personnes, et des "home groups" quotidiens plus intimistes (groupe de 4 à 6 personnes identique tout au long du séminaire) et propices à des échanges approfondis.


De grands groupes...

A mon "home group" (dédicace à Harry, Pieter et Ana) !
- De plus, le programme a sanctuarisé la dimension physique du bien-être et du temps libres : des plages horaires ont été explicitement réservées pour la marche en nature, les interactions informelles spontanées et la récupération (merci le sauna!), garantissant le maintien d'une attention de haute qualité du premier au dernier jour, mais aussi la possibilité de travailler si besoin.
🇷🇴 L'intégration culturelle : la Roumanie comme fil conducteur
Au-delà de la réussite technique des outils parfaitement organisés et facilités, l'événement a bénéficié d'un "liant" grâce à l'implication de l'équipe roumaine, qui a parfaitement intégré le pays d'accueil tout au long de la semaine :
- Une immersion dans la nature et le local : Une sortie sur le terrain (field visit) a permis aux participant.es de découvrir la nature roumaine et d'échanger avec les habitant.es de la région.
- Une symbolique forte dès l'introduction : L'événement s'est ouvert sur la présentation d'une danse traditionnelle de mariage, symbolisant le lien qui se créait entre les parties prenantes pour grandir et se nourrir mutuellement.
- Un regard sur la société à travers le cinéma : La projection du court-métrage “La dernière fois que j'ai vendangé la vigne” réalisé par Gabriela Poiană - une membre de l’équipe locale de Asociația Kogayon - nous a permis de discuter d’une problématique actuelle en Roumanie : en effet, le film explore la dépopulation des campagnes et la disparition progressive des traditions paysannes à travers une histoire profondément personnelle, filmée sans fioritures, brut, joyeux et touchant. ❤️
- Un ancrage artistique et poétique : Deux artistes roumains (Cătălin Rulea et Gabriel Demeter) ont suivi le groupe de manière incognito durant toute la semaine. Franchement balèzes les mecs : ils ont peint et dessiné les moments partagés pour les immortaliser d'une façon très poétique (voir dessins ci-dessous).
- L'art du tissage comme métaphore : La rencontre avec une artisane spécialisée dans le tissage a offert une belle illustration de ce qu'est la coopération : l'art de tisser des liens.


Le groupe de danse traditionnelle roumaine et les dessins signés Cătălin Rulea et Gabriel Demeter
Si on fait le point : en associant une ingénierie d'animation solide à une connexion culturelle profonde avec la Roumanie, les organisateurs ont su créer une expérience qui dépassait le simple cadre technique. Cette approche a apporté de la consistance, de la profondeur et a rendu les échanges particulièrement riches et réussis. Du coup : merci 🙂
Partie 3 : Les gens
La richesse de l’événement venait aussi “tout simplement” des personnes qui ont participé à l’événement.
Un gros kiff de passer sa semaine à rencontrer des personnes avec des profils et des parcours si différents, qui se retrouvent tous.tes autour de la coopération, avec l’envie de contribuer à un monde différent et plus soutenable.
Je pense à Harry, Ana, Pieter, Katerina, Mark, Meg, Toni, Clare, Juan, Carmen, Alfonso, Vishwa, Frank, Manuela, Merijn, Karin, Leon, Noa, Andrzej, Hadi, Andrzej, Nathasha, et tant d’autres !
Des parcours tellement inspirants… que je vous présenterai quelques uns très bientôt : stay tuned !

Discussion de groupe

Visite sur le terrain du Horse Nest pendant que d'autres groupes étaient dans le parc national ou visitaient des monastères locaux et des ateliers de soie

Moment convivial avec Merijn, Simi, moi et Nathasha
📷 Credit photos : pour une partie des clichés ci-dessus, merci à Miles Rouse & Commonland
Rédaction : Jeanne Allard
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